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Impact sur les prix de l’énergie en France (mars 2026)

La frappe sur Ras Laffan : un tournant dans la crise énergétique

Le conflit au Moyen-Orient, entré dans sa troisième semaine, vient de franchir un cap avec la frappe iranienne sur Ras Laffan, au Qatar. Il ne s’agit plus d’un simple blocage du transit par le détroit d’Ormuz : ce sont les capacités de production elles-mêmes qui sont touchées.

Ras Laffan est la plus grande usine de liquéfaction de gaz naturel au monde. Environ 17% des capacités d’exportation de GNL du Qatar sont désormais paralysées, et les experts estiment que la reconstruction prendra plusieurs années. Quand on sait que le Qatar représente près de 20% de l’offre mondiale de GNL, l’impact est structurel — pas conjoncturel.

Gaz naturel : un pic à 74 €/MWh, puis un reflux

La réaction des marchés a été immédiate : le prix du gaz européen a bondi jusqu’à 74 €/MWh, soit une hausse de 130% depuis le début du conflit, avant de refluer autour de 60 €/MWh.

Pour mettre ces chiffres en perspective : lors de la crise de 2022 liée à l’invasion de l’Ukraine, les prix avaient approché les 350 €/MWh. On en est encore très loin. Mais la situation actuelle est différente sur un point fondamental : en 2022, les infrastructures de production étaient intactes. Aujourd’hui, la destruction de capacités à Ras Laffan crée un déficit d’offre durable.

La situation s’ajoute au blocage du détroit d’Ormuz, qui empêche déjà les exportations de GNL qatari vers l’Asie et l’Europe. Les stocks gaziers européens se situent à environ 29%, et la question du remplissage cet été devient de plus en plus préoccupante. La compétition entre acheteurs européens et asiatiques pour attirer les cargaisons de GNL en provenance des États-Unis, du Canada et du Nigéria va s’intensifier.

Pétrole : le Brent se rapproche des niveaux de 2022

Le baril de Brent évolue autour de 107 dollars, se rapprochant des 130 dollars atteints lors du pic inflationniste de 2022. Les frappes sur l’île de Kharg (90% des capacités d’exportation pétrolière de l’Iran), les attaques contre des tankers et le port de Fujairah, et la fermeture persistante du détroit d’Ormuz maintiennent une pression haussière forte.

L’AIE a libéré 400 millions de barils issus des réserves stratégiques internationales — un volume record — mais insuffisant face aux 19 millions de barils par jour qui ne transitent plus par Ormuz. Les États-Unis ont par ailleurs accordé une fenêtre de 30 jours pendant laquelle certains pays comme l’Inde peuvent se fournir en pétrole russe, dans une tentative de détendre le marché.

Électricité en France : le nucléaire comme bouclier

Contraste notable avec le gaz et le pétrole : les prix de l’électricité en France ont reculé sur la semaine, avec -4,4% pour l’horizon 2027 et -0,9% pour avril 2026.

L’explication tient en un chiffre : 2,6%. C’est la part du fossile dans la production électrique française la semaine passée. Avec 44 réacteurs nucléaires actifs et une disponibilité de 47,6 GW, la France couvre l’essentiel de sa demande (55,6 GW) sans recourir significativement au gaz pour produire de l’électricité — un avantage structurel considérable par rapport à l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne.

Point d’attention : des températures 1 à 3 degrés sous les normales de saison sont attendues à partir du 25 mars, ce qui devrait soutenir la demande de chauffage et limiter la baisse des prix à court terme.

CO₂ et charbon : stabilité relative

Les quotas carbone européens (EUA) se maintiennent dans une fourchette mesurée autour de 70 €/tonne, en légère baisse de 2%. Fait notable : malgré la hausse des prix du pétrole, du gaz et du charbon, les quotas n’ont pas suivi. Les incertitudes réglementaires sur l’avenir du système ETS européen pèsent davantage que la conjoncture géopolitique.

Le Conseil européen se réunit cette semaine pour discuter de mesures de soutien à l’industrie, ce qui pourrait inclure une modification du mécanisme des quotas dans les prochains mois.

Le charbon recule légèrement de 2,4%, mais se maintient au-dessus de 100 €/tonne. Les températures plus froides attendues pourraient continuer à soutenir son prix.

Ce qu'il faut retenir

La semaine du 17 mars 2026 marque un tournant : avec la frappe sur Ras Laffan, la crise énergétique passe d’un problème de transit à un problème de capacités de production. Les conséquences seront durables sur les prix du gaz.

La France reste relativement protégée sur l’électricité grâce au nucléaire, mais les gestionnaires de patrimoine dépendants du gaz doivent s’attendre à une pression prolongée sur leurs budgets énergie.

FAQ — Crise du détroit d'Ormuz et prix de l'énergie en 2026

Pourquoi le détroit d'Ormuz est-il important pour les prix de l'énergie ?

Le détroit d’Ormuz est un corridor maritime par lequel transitent environ 20% du pétrole mondial et 20% du gaz naturel. Sa fermeture depuis début mars 2026 perturbe l’approvisionnement mondial et fait monter les prix de ces deux énergies.

Qu'est-ce que la frappe sur Ras Laffan et pourquoi est-elle significative ?

Ras Laffan, au Qatar, est la plus grande usine de liquéfaction de gaz au monde. La frappe iranienne a paralysé environ 17% des capacités d’exportation de GNL du pays. Le Qatar représentant près de 20% de l’offre mondiale de GNL, l’impact sur les prix est structurel et pourrait durer plusieurs années.

À combien est le prix du gaz en Europe en mars 2026 ?

Le prix du gaz européen a atteint un pic à 74 €/MWh (soit +130% depuis le début du conflit) avant de refluer autour de 60 €/MWh. Pour comparaison, la crise de 2022 avait vu les prix approcher 350 €/MWh.

Le prix de l'électricité en France est-il impacté par la crise ?

La France est relativement protégée grâce à son parc nucléaire. Avec 44 réacteurs actifs et seulement 2,6% de fossile dans le mix électrique, les prix de l’électricité ont même reculé sur la semaine (-4,4% pour 2027). En revanche, les bâtiments chauffés au gaz restent directement exposés à la hausse des prix gaziers.

Quel est le prix du pétrole en mars 2026 ?

Le baril de Brent évolue autour de 107 dollars, en hausse de plus de 13% sur une semaine. Il se rapproche des 130 dollars atteints lors du pic de 2022.

Quels risques pour les gestionnaires de patrimoine immobilier ?

Les bâtiments dépendants du gaz pour le chauffage sont les plus exposés à une hausse durable des prix. La compétition accrue entre Europe et Asie pour l’approvisionnement en GNL cet été pourrait maintenir les prix à des niveaux élevés sur plusieurs trimestres.

Sources : données de marché ICE/Powernext, RTE éco2mix, AIE, Reuters