Le décret tertiaire est souvent vécu comme une contrainte subie. Pourtant, le dernier bilan de la plateforme OPERAT, publié par l’ADEME début 2026, raconte une autre histoire : près de la moitié des bâtiments assujettis ont déjà atteint l’objectif de réduction fixé pour 2030.
Bonne nouvelle ? En partie. Car cette moyenne masque deux trajectoires très différentes selon les secteurs. D’un côté, des bâtiments qui ont pris une longueur d’avance. De l’autre, des familles d’usage qui peinent à décrocher la barre. Comprendre cette fracture, c’est comprendre où se situe réellement votre patrimoine — et pourquoi.
Ce que dit vraiment le bilan OPERAT 2026
Premier enseignement : la déclaration s’est massifiée. Au 31 janvier 2026, plus de 1,145 million de déclarations de consommation avaient été validées sur la plateforme OPERAT, représentant environ 340 000 bâtiments assujettis. Une progression de l’ordre de +52 % par rapport au bilan précédent. La culture de la déclaration s’installe, même si tous les assujettis ne sont pas encore au rendez-vous.
Attention à ne pas confondre les deux chiffres : le 1,145 million correspond aux déclarations (un bâtiment déclare chaque année), tandis que les ~340 000 désignent les bâtiments réellement suivis. C’est ce second chiffre qui sert de base à l’analyse de l’atteinte des objectifs.
Deuxième enseignement, le plus marquant : entre les déclarations de la période de référence 2010-2019 et l’année 2024, les consommations d’énergie des bâtiments assujettis ont reculé de 26 %. Et près d’un bâtiment sur deux a déjà franchi le seuil des -40 % visé pour 2030.
Pour mémoire, le décret tertiaire (dispositif Éco Énergie Tertiaire) impose à tout bâtiment à usage tertiaire de plus de 1 000 m² une réduction progressive de ses consommations d’énergie finale : -40 % en 2030, -50 % en 2040 et -60 % en 2050, par rapport à une année de référence librement choisie entre 2010 et 2019. La déclaration annuelle des consommations se fait sur OPERAT avant le 30 septembre pour l’année précédente.

La moyenne ment : la fracture sectorielle
« La moitié des bâtiments a atteint l’objectif 2030 » : la formule est juste, mais elle aplatit une réalité bien plus contrastée. Le bilan OPERAT distingue en effet les performances par secteur d’activité — et l’écart est net.
Les secteurs en avance : au-delà de 50 % d'atteinte
Pour les commerces non alimentaires, les bureaux et l’enseignement, l’objectif 2030 est déjà atteint dans plus de la moitié des cas.
Ces familles d’usage partagent plusieurs caractéristiques qui facilitent la trajectoire. Les profils d’occupation y sont relativement réguliers et prévisibles, ce qui rend les consommations plus pilotables. Les leviers d’économie « sans gros travaux » — réglages de la gestion technique du bâtiment, optimisation des plages horaires de chauffage et de climatisation, relamping — y produisent des résultats rapides. Et pour les bureaux comme pour le commerce, la performance énergétique est devenue un sujet de valeur patrimoniale et d’attractivité locative : les propriétaires ont des raisons économiques propres d’agir, au-delà de la seule contrainte réglementaire.

Les secteurs qui décrochent : sous les 40 % d'atteinte
À l’inverse, pour le tourisme, la santé, les laboratoires et la restauration, l’objectif 2030 n’est atteint que dans moins de 40 % des cas.
Là encore, l’explication tient largement à la nature de l’usage. Ces bâtiments fonctionnent souvent en continu, avec des contraintes d’exploitation fortes : un hôpital ne baisse pas son chauffage la nuit, un laboratoire maintient des conditions de température et de renouvellement d’air strictes, la restauration concentre des usages énergivores difficiles à arbitrer. L’intensité énergétique y est structurellement plus élevée, et les marges d’optimisation « faciles » plus limitées. Atteindre -40 % y suppose souvent des interventions plus lourdes sur les systèmes (production de chaud et de froid, ventilation, récupération d’énergie) et une approche plus fine du pilotage.
Il ne s’agit pas d’un palmarès de bons et de mauvais élèves. Il s’agit de trajectoires différentes, conditionnées par des réalités d’exploitation différentes. Un bâtiment de santé « en retard » n’est pas mal géré : il part d’un point plus difficile.
Ce que ça change pour un décideur tertiaire en 2026
Pour un propriétaire ou un gestionnaire, le bilan OPERAT 2026 envoie trois signaux utiles.
D’abord, l’objectif 2030 est atteignable : la preuve, une large part du parc l’a déjà franchi, et l’essentiel des gains a été obtenu par l’exploitation et le pilotage, pas uniquement par de lourds investissements. La trajectoire n’est pas hors de portée.
Ensuite, votre secteur détermine votre point de départ. Se comparer à la moyenne nationale n’a guère de sens : un bureau et un établissement de santé ne jouent pas la même partition. La bonne question n’est pas « suis-je dans les 50 % » mais « où en est mon bâtiment par rapport aux bâtiments comparables, et quels leviers me restent ».
Enfin, le pilotage de la donnée devient central. Déclarer sur OPERAT est une obligation ; exploiter ces données pour identifier les dérives, prioriser les actions et suivre la trajectoire dans le temps est ce qui sépare les bâtiments qui progressent de ceux qui stagnent. C’est précisément là que se joue l’atteinte — ou non — des jalons 2030, puis 2040.
FAQ — Questions fréquentes
Tout bâtiment, partie de bâtiment ou ensemble de bâtiments hébergeant des activités tertiaires sur une surface de plancher supérieure ou égale à 1 000 m².
Une réduction des consommations d’énergie finale de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050, par rapport à une année de référence choisie entre 2010 et 2019. Une trajectoire en valeur absolue (seuil de consommation à atteindre) est aussi possible.
Les consommations de l’année précédente doivent être déclarées sur la plateforme OPERAT avant le 30 septembre de chaque année.
Que près d’un bâtiment assujetti sur deux affiche déjà une consommation conforme au seuil -40 % visé pour 2030. Cette moyenne recouvre toutefois de forts écarts selon les secteurs.
Non. Certains secteurs (santé, tourisme, restauration, laboratoires) partent de contraintes d’exploitation plus lourdes et progressent plus lentement. L’enjeu est d’identifier les leviers adaptés à votre usage et de suivre votre trajectoire, pas de se comparer à une moyenne tous secteurs confondus.
Sources
- Ministère de la Transition écologique — Éco Énergie Tertiaire (EET) : cadre réglementaire et objectifs.
- ADEME — Bilan de la plateforme OPERAT, données arrêtées au 31 janvier 2026.
- Reprise du communiqué gouvernemental (Actu-Environnement, Batiweb).